30 Novembre 2009 - A quelques jours de la Saint Nicolas, la Campagne Vêtements Propres dresse un état des lieux du marché et des conditions sociales de production des lecteurs multimédia et consoles de jeux.
La concentration du marché aux mains de quelques marques et industriels n’a jusqu’à présent pas permis un engagement fort du secteur pour le respect des droits des travailleurs.
Au contraire, les conditions de travail y sont parfois pires que celles rencontrées dans l’habillement ou le jouet.
En l’espace d’une seule année, en 2007, un belge sur 16 s’est doté d’une console de jeux et le chiffre d’affaires du secteur a encore augmenté de 18% en 2008 pour atteindre 180,5 millions d’euros. Autant dire que la hotte de Saint Nicolas est depuis quelques années bien chargée de composants électroniques : un tiers des consoles sont en effet achetées lors des six dernières semaines de l’année. Et il faudra sans doute y ajouter quelques « bons vieux » MP3 ou autre iPod mais surtout les plus branchés lecteurs multimédia sous forme notamment de smartphone ou gsm multimédia qui représentent déjà 17% du marché mondial du téléphone portable.
Derrière le multimédia se profilent trois marques, Nokia, Appel et RIM (Blackberry). Le marché des consoles est, quant à lui, disputé par Nintendo (Wii,DS), Sony (Playstation) et Microsoft (Xbox). Si ces entreprises multinationales maîtrisent le marché, elles ont externalisé la quasi-totalité de l’activité de production auprès de fournisseurs pour la plupart basés en Asie. Il en va par exemple de la totalité de la fabrication des composants et de l’assemblage de la Wii.
Particularité du secteur : si l’accès au marché est concentré dans les mains d’un petit nombre d’entreprises, l’industrie s’est, elle aussi, consolidée depuis le début des années nonante. Bien moins connus du grand public que les marques, des entreprises telles que Foxconn (Taïwan), Flextronics (Singapour), Celestica (Canada), Sanmina SCI Corporation (Etats-Unis) et Jabil Circuit (Etats-Unis) dominent le marché de la production et fournissent l’ensemble des principales marques.
A lui seul, Foxconn a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 51,8 milliards de dollars et emploie 550.000 travailleurs. Son centre de production de Shenzen (Chine) compte 270.000 travailleurs. Loin derrière, le deuxième fabricant, Flextronics, emploie 162.000 travailleurs pour un chiffre d’affaires de 27,6 milliards. Une partie importante de leurs unités de production se situent en Chine qui à elle seule produit la moitié des MP3, 30% des lecteurs multimédia portables et la plupart des consoles de jeux. En 2006, le secteur y occupait environ 7,7 millions de travailleurs dont 65% de migrants, pour la plupart de jeunes femmes.
Des conditions de travail scandaleuses
La SACOM, FinnWatch et SOMO ont récemment publié les résultats d’une enquête réalisée dans 4 usines chinoises propriétés directes des fabricants de première ligne, Celestica Technology, Flextronics International, Vista Point Technologies (filiale de Flextronics) et Hong Fu Jin Precision (filiale de Foxconn Technology Group). Ces usines fournissent Microsoft, Sony, Apple, Philips et Motorola. Les chercheurs ont notamment interviewés 110 travailleurs.
Cette enquête a mis en évidence des conditions de travail qui pour certaines s’apparentent à celles déjà dénoncées dans l’industrie de l’habillement ou du jouet : heures de travail excessives, salaires insuffisants, problèmes de santé liés à l’excès de travail et à la manipulation de produits chimiques et aux mauvaises conditions d’hygiène sur le lieu de travail et dans les dortoirs, impossibilité de s’associer en syndicat libre et méconnaissance des droits.
Fait nouveau relevé par l’enquête, le recours aux étudiants (de 16 à 18 ans) et aux travailleurs temporaires est une pratique systématique et massive du secteur. Recruté pour quelques mois, voire une année, les étudiants n’ont pas accès à la sécurité sociale et coûtent par conséquent moins chers à l’employeur. Dans deux des usines concernées, ils représentaient plus de 50% de la main-d’œuvre. Les travailleurs temporaires représentaient dans ces mêmes usines 20% de la main-d’œuvre. Certains ont témoigné de prélèvement perçus sur leurs salaires par l’agence interim.
Un engagement peu convaincant du secteur
Paravent ou volonté réelle d’améliorer les conditions sociales de production ? un large panel d’entreprises de l’électronique participe à l’initiative sectorielle « Electronic Industry Citizenship Coalition (EICC), qui s’est donné comme objectif d’améliorer les conditions de travail et environnementales dans les filières d’approvisionnement de produits électroniques. Le code de conduite EICC ne place cependant pas la barre très haut, se contentant de références générales à l’OIT notamment et restant flou sur les points spécifiques de mise en œuvre. Il ne mentionne par exemple pas le droit de négocier collectivement ni le droit à un salaire vital.
Goodelectronics, un réseau mondial pour pousser au changement
Le réseau Goodelectronics fort de 150 organisations et auquel participe la Campagne Vêtements Propres a développé une série de revendications sociales et environnementales envers l’industrie de l’électronique. Au niveau social, ces demandes se basent notamment sur le respect des Conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail, des conventions supplémentaires (portant sur un salaire décent, les conditions de sécurité et d’hygiène, la durée du travail et la relation d‘emploi) et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Goodelectronics demande aux entreprises du secteur de faire preuve de transparence sur leurs filières d’approvisionnement, d’adopter une approche multipartite en concertation avec les représentants des travailleurs concernés. Et de rendre des comptes de manière complète et vérifiable sur la mise en œuvre de leur responsabilité sociale et environnementale.