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Meilleur Marché – CASH !   
 

QUE FONT LES GRANDS DISTRIBUTEURS DE NOTRE POUVOIR D'ACHAT ?

En pleine crise financière, les grands distributeurs cassent les prix et font des profits sur le dos de millions de travailleuses employées dans les usines qui produisent leurs vêtements.

Telle est la conclusion du rapport « CASH ! » publié le 10 février 2009 par la Campagne Vêtements Propres. C’est aussi la motivation de « Meilleur Marché », une action lancée à cette occasion pour exiger de Carrefour, Aldi, Lidl, Cora et Trafic qu'ils agissent pour garantir des conditions de travail décentes aux travailleurs de leurs fournisseurs.


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Peu d'entreprises dominent autant les vies des consommateurs et des travailleurs du monde entier que les enseignes de la grande distribution. Connues pour leurs prix bas, leurs larges parts de marché et leurs énormes volumes de vente, elles sont également en passe de devenir des acteurs incontournables de la distribution mondiale d’habillement. Carrefour est ainsi le quatrième distributeur européen d’habillement ; Aldi a fait du vêtement un produit d’appel à prix cassé et convainc à l’achat un consommateur allemand sur deux ; ces dernières années, la société wallonne Trafic a très largement développé sa gamme textile.

«Les travailleuses des usines qui fournissent ces distributeurs travaillent jusqu'à 90 heures par semaine, leurs heures supplémentaires sont souvent non rémunérées et les salaires sont si bas qu'elles ne peuvent même pas nourrir correctement leur famille. Si elles tentent de s'organiser pour faire respecter leurs droits, elles sont menacées ou renvoyées», explique Carole Crabbé, coordinatrice de la Campagne Vêtements Propres. « Par leur taille et la pression irraisonnable qu’ils exercent sur les prix, les grands distributeurs mènent la tendance mondiale au nivellement par le bas des conditions de travail ».

Le rapport CASH ! se base sur une recherche menée en 2008 auprès de 440 travailleurs de 30 usines basées en Thaïlande, au Bangladesh, en Inde et au Sri Lanka. Toutes ces usines produisaient des vêtements pour Carrefour, Aldi, Lidl, Walmart ou Tesco, c'est-à-dire 5 des 10 plus grands distributeurs mondiaux. Les chercheurs ont également interrogé des directeurs d’usines, des agents, des responsables des achats chez de grands distributeurs pour identifier les pratiques à l’origine du maintien de mauvaises conditions de travail.


Nous achetons, qui paye?

CASH ! montre ainsi que la politique des prix bas menée par la grande distribution induit des coûts élevés supportés par des millions de personnes à travers le monde. Parmi elles, une large majorité de femmes pauvres, employées dans les usines mais aussi au sein même des magasins. Visionner des témoignages)

CASH ! met en évidence des situations graves et des tendances lourdes notamment en matière de

  • salaires insuffisants pour vivre et heures supplémentaires excessives et obligatoires

  • répression des syndicats et intimidation des travailleurs tentés de s’associer pour défendre leurs droits.

  • précarité croissante de l’emploi, contrats de très courts termes, intérimaires et sous-traités.


  • Ainsi l’enquête a notamment montré que dans une usine typique du Bangladesh qui approvisionne Lidl, Walmart et Carrefour, le salaire était de 34 euros par mois. Certes plus que le salaire minimum légal (16 euros) mais gagné au bout de 90 heures de travail par semaine sans relâche et ne permettant toujours pas de couvrir les besoins fondamentaux du travailleur et de sa famille. « Lorsque je rentre à la maison, je me sens tellement épuisée que je n'ai même pas envie de manger », dit Salma, travailleuse dans une usine du Bangladesh qui fournit Lidl et Carrefour. « Nous devons travailler de 9 heures du matin à 1 heure le lendemain, déclare une autre travailleuse d’un fournisseur indien. Chaque mois, nous devons prester trente jours de travail comme celui-ci. » « Mon mari n’apprécie pas que je rentre tard, dit une autre travailleuse au Sri Lanka. Mais nous ne pouvons pas à la fois refuser d’accomplir des heures supplémentaires et espérer garder notre emploi. » Créer un syndicat dans l’usine ? « Vous plaisantez ? réagit un opérateur dans une usine indienne fournissant Carrefour. Nous ne sommes même pas autorisés à nous parler à l’intérieur ou dans les locaux de l’entreprise. Et vous parlez de syndicats… » «  Si vous formez un syndicat, vous serez licenciés, complète un travailleur indien. C’est écrit dans la lettre d’embauche. » Ailleurs, en Inde « seuls quelques travailleurs sont des permanents, déclare un travailleur. Les autres sont tous des travailleurs à la pièce. »


    A taille de géant, responsabilité de géant!

    Les grands distributeurs déclarent prendre des mesures pour résoudre ces violations des droits du travail dans leurs filières d’approvisionnement. Toutes les entreprises reprises dans la recherche et dans la campagne Meilleur Marché font référence à un code de conduite. Elles participent toutes à des réseaux d’entreprises développant des audits sociaux et échangeant des informations sur la qualité sociale des fournisseurs qu’elles ont en commun. Mais ces mesures s’avèrent insuffisantes. La recherche de la Campagne Vêtements Propres montre l’inefficacité des audits sociaux à garantir des conditions de travail décentes. Au mieux, ils servent à faire état de violations et démontrent d’ailleurs qu’elles sont en augmentation. La multiplication des audits (plus de 16.000 audits sociaux commandités par Walmart chaque année, 609 autres réalisés à la demande de Carrefour en 2007 !) et surtout leur utilité très limitée pour améliorer des conditions de travail ont contribué à banaliser l’outil. Dans bien des cas, il ne constitue plus qu’un simple formulaire à remplir pour obtenir le visa final. Et tant pis s’il faut au passage falsifier quelques vérités et quelques registres.

    « Mais allons droit au but : le cœur du système qui conduit aux abus et aux violations des droits fondamentaux ne réside pas dans quelques cases à cocher sur un formulaire mais bien dans les pratiques quotidiennes d’approvisionnement des enseignes de la grande distribution », déclare sans plus de détour Carole Crabbé. Par leur taille et leurs parts de marché, les géants de la distribution détiennent le pouvoir d’imposer à leurs fournisseurs des conditions de prix, de délais de livraison, de services ou de paiement insoutenables. Un pouvoir qu’ils exercent de la sélection de leurs fournisseurs, jusqu’au paiement des marchandises. Chaque étape est l’occasion d’une pression supplémentaire sur les prix et les délais. Walmart est ainsi connu pour chercher à rendre ses fournisseurs dépendants de ses commandes (jusqu’à constituer 80% de leurs capacités de production). Tesco a quant à lui diminué de 5 à 10% le prix payé à ses fournisseurs bangladais entre 2004 et 2007, alors qu’entre temps le salaire minimum légal avait doublé. Les pratiques d’approvisionnement de Carrefour ont pour leur part été décrites par C. Jacquiau comme des « tortures psychologiques ».

    Pour la Campagne Vêtements Propres ce sont ces pratiques que les grands distributeurs doivent modifier s’ils veulent assumer leur responsabilité sociale.


    Pour un Meilleur Marché

    « Chemise Homme. Fabriquée au Bangladesh par Sarmin. 21€ par mois. 80 heures de travail hebdomadaire; Jean’s dame vendu en Belgique par Nicole, temps partiel involontaire, contrat à durée déterminée, 810€ de salaire net, 510€ de loyer. » peut-on lire sur les promos de Rond-Point, Ilda, Pidl, CoraCora et Micmac. C’est ainsi que ces grands distributeurs vous garantissent les prix les plus bas. Tout le contraire d’un « Meilleur Marché », un marché qui garantirait le respect des droits fondamentaux des travailleurs, qui leur permettrait de vivre décemment de leur travail et qui assurerait aux consommateurs que ces droits sont respectés.

    C’est pourtant ce que veulent les 15 organisations qui lancent aujourd'hui la campagne « Meilleur Marché » en Belgique francophone. « Notre objectif est de pousser Carrefour, Aldi, Lidl mais aussi Cora et Trafic à assumer leur responsabilité, explique Carole Crabbé. Nous avons formulé des propositions concrètes en ce sens. Nous ferons également des propositions au pouvoir politique pour réguler de manière contraignante la responsabilité économique et sociale des distributeurs ».

    Durant les prochains mois, la Campagne Vêtements Propres et les 15 organisations qui mènent « Meilleur Marché » proposeront de soutenir les propositions de la campagne organiseront des actions de sensibilisation et mèneront des actions d’interpellation des grands distributeurs.



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